Concert | Aéronef ( Lille )| 2022-03-16


Artiste

Morcheeba

Style

Trip Hop

Reporter

Guy BLANCKAERT

Organisateur

Aeronef

Morcheeba, goûter l'apesanteur. 

J'avais oublié que le sol pouvait aussi coller, qu'il pouvait retenir les semelles de mes chaussures par un mélange presque étudié de cola et de tisane froide houblonnée. Loin étaient de moi les rythmes qui parfois trouvent caisse de résonance dans ma poitrine. J'avais perdu cette sensation où je m'abandonne aux sons et aux lumières. J'ai à peine reconnu l'odeur particulière de la fumée mêlée à celle de la poussière de la scène. La chaleur des corps qui se balancent en rythme. Bienvenue au concert et retour à la vie nocturne pour moi. Mon premier live report après une longue absence forcée s’accompagne du son doux de Morcheeba.

Temps et contretemps, bonds et rebonds des syllabes de la chanteuse, l'assemblage des samples et des sons se veut à la fois complexe et distendu. Morcheeba crée des rythmes à trois temps parfois deux qui se heurtent en souplesse et s'enchevêtrent pour ne plus faire qu'une ligne mélodieuse et pleine de contraste.

La voie de Skye nous accompagne, elle nous aspire et nous effleurons dorénavant le sol, sensation qui perdurera jusqu'à la fin du concert. C'est doux, rassurant sans aucun doute. Pour cette tournée, elle s'est enroulée d'un tulle noir qui vient souligner sa combinaison à paillettes. Elle a ce port de tête altier, sublimé par un chapeau noir à long bord et un collier de tulle lui aussi qu’elle porte comme une collerette. Et pourtant elle s'avance vers les fans quarantenaires telle une shériffe des temps trip hop. La scène c'est elle qui la possède. Elle  cache ses yeux sous son chapeau et nous cherche du regard comme un chat se préparant à attraper sa proie. Elle se joue des rythmes et sa voix surfe sur les vagues sonores des musiciens. Aucune fausse note, aucun faux pas, tout est lissé, tout file d'un coton parfait et nous quittons un peu plus le sol. Skye défie l'apesanteur, nous la suivons.

Le show est millimétré, il n'y a que peu de place à l'improvisation et aux jeux de scène. Skye se prête tout de même au jeu du français dans un semi échange coquin avec le public: "Voulez-vous chanter avec moi ce soir?" et le public de lui répondre d'un accent franglais: "Oh oh yeah!" sous la dictée de la chanteuse. Plus tard, elle nous proposera de respirer avec elle. Elle se lance ainsi dans des inspirations suivi d'expirations telle une prof de yoga expérimentée et nous relâchons tensions et mauvaises pensées aux  milligrammes de dioxyde de carbone rendu à l'air conditionné.

Le guitariste du groupe, Ross Godfrey, manipule un peu plus le français et s'excuse avec humilité et non sans humour pour la longue attente (le concert a été reporté 3 fois depuis 2020), pour le Brexit et aussi pour Chelsea. Ce soir-là, l'équipe anglaise l'emportait 2 à 1 contre notre équipe lilloise. Il a forcé son jeu, il s'est permis quelques distorsions de sons, abusant parfois de la tige de tremolo et de la pédale wah wah mais malgré tout témoignant de sa virtuosité. Peut-être que ce soir-là la véritable impro dans ce show calibré venait du jeu de ses doigts sur le manche de sa guitare.

Texte : Sophie Desreumaux  Photo : Guy Blanckaert.

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